Paris - Cathédrale Notre Dame (75)

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La cathédrale Notre Dame de Paris que nous connaissons aujourd’hui, a connu plusieurs évolutions architecturales majeures jusqu’aux profondes mutilations qu’elle a subies au printemps 2019.

Au XIIème siècle l’évêque Maurice de Sullly décide de construire une nouvelle cathédrale sur le site de l’ancienne cathédrale Saint Etienne devenue trop petite. La première pierre est posée en 1163.

Notre Dame de Paris a été conçue dès le départ selon un plan à cinq nefs, un vaisseau central flanqué de doubles bas côtés et une élévation avec tribunes.


De nombreuses études furent consacrées à ce prestigieux édifice chargé d’histoire. Comme très souvent, faute d’archives correspondantes, la datation des évènements techniques est imprécise et les éléments que l’on recueille dans les différentes études présentent quelques incohérences ou divergences. Je trace ici une synthèse approximative pour présenter la logique de l’évolution de Notre Dame de Paris au travers des siècles.


1163 – 1182 : construction du chœur et de la partie orientale du transept. Consacré le 19 mai 1182 l’édifice fut ouvert au culte et l’ancienne cathédrale Saint Etienne put être détruite pour libérer l’espace nécessaire à Notre Dame.

Le double déambulatoire du chœur est absolument remarquable dans sa partie semi-circulaire. Ses caractéristiques sont expliquées dans l’onglet Chœur avec les illustrations du déambulatoire.

1182 – 1190 : achèvement du transept et construction des trois premières travées orientales de la nef. Comme le montre le plan, le transept est peu saillant.

1190 – 1200 : Construction des assises de la façade et début des deux travées occidentales de la nef.

1200 – 1230 : Façade élevée jusqu’à la galerie des rois, raccordement des travées occidentales avec la façade, achèvement des deux tours. 

 
            

A une date indéterminée un incendie, non mentionné dans l’histoire mais dont Viollet le Duc a retrouvé les traces lors de la restauration de Notre Dame au XIXème siècle, détruisit les combles des tribunes et endommagea les arcs boutants.

La cathédrale subit alors de profondes évolutions jusqu’au début du XIVème siècle.

1220 – 1230 :

- Les combles des tribunes furent remplacées par un toit plat.

- Les arcs boutants à deux volées furent remplacés par des arcs boutants à une seule volée reposant sur d’imposantes culées conçues de façon à pouvoir insérer des chapelles entre deux culées.

- Les fenêtres hautes sont agrandies vers le bas, les roses surmontant les arcades des tribunes sont supprimées.

                       

1230 – 1260 :

- Des chapelles latérales sont construites entre les culées des contreforts le long de la nef et des travées droites du chœur.

- Les pignons du transept sont alors en retrait du mur des chapelles latérales. Il faut allonger les croisillons en ajoutant une travée. Les pignons sont reconstruits dans le style du XIIIème siècle, ornementés chacun d’une superbe rose de 12,90 mètres de diamètre.

- Une flèche en bois couverte de plomb fut étigée à la croisée du transept. Elle subit les assauts des intempéries et, délabrée, fut démontée en 1786.

1295 – 1310 : Les chapelles radiales du chœur sont construites alors que les voutes du chœur étaient encore soutenues par des arcs boutants à deux volées. Les anciens arcs boutants à deux volées sont alors remplacés par des arcs à une seule volée d’une portée de 15 mètres.


Le plan et la structure de la cathédrale ne furent plus remaniés.


Au XVIIIème siècle, époque du renouveau architectural de Louis XIV, des aménagements furent entrepris pour mettre l’édifice au goût du jour. Un décor en plâtre recouvrit les colonnes et les arcades du chœur, la statutaire changea d’époque. Les vitraux du XII et XIIIème siècle furent remplacés par des vitres blanches. L’architecte Soufflot fut chargé de détruire le trumeau et une partie du linteau du portail central pour que les dais des processions puissent sortir de l’église, détruisant ainsi de nombreuses sculptures. Il construisit la sacristie de style renaissance  accolée au flanc sud du chœur.

La Révolution, dont Paris était l’épicentre, s’acharna avec violence sur ce symbole de la religion. Les statues des portails furent vandalisées, la galerie des Rois au premier étage de la façade fut démolie et l’intérieur de la cathédrale fut dépouillé.


Au XIXème siècle l’architecture gothique fut remise au goût du jour par le mouvement romantique et Victor Hugo fut un ardent défenseur du souvenir de Notre Dame de Paris dans le roman dont il en fit le titre. Un vaste chantier de restauration de la cathédrale Notre Dame, en très mauvais état, fut mené par Eugène Viollet-le-Duc et Antoine Lassus. Les options retenues par ces architectes soulevèrent des polémiques car ils ont restitué un édifice qui n’a jamais existé comme tel dans le passé tout en respectant scrupuleusement les principes et les harmonies du Moyen Âge.

- Le portail central fut restitué dans sa configuration du XIIIème siècle, les statues vandalisées remplacées par des copies de statues existantes dans d’autres cathédrales gothiques.

- Les statues des rois de la galerie du premier étage de la façade furent restituées par des copies de celles de la galerie des rois de la cathédrale de Reims.

- L’élévation du XIIème siècle, où les tribunes sont surmontées d’une rose et les fenêtres hautes sont raccourcies, fut restituée dans les demi travées de la nef et du chœur adjacentes au transept et dans les croisillons nord et sud.

- Les vitraux des XIIème et XIIIème siècle, disparus, furent remplacés par des vitrages illustrés (ils furent renouvelés en 1965).

- Une nouvelle flèche en bois, véritable chef d’œuvre malheureusement aujourd’hui consumé dans l’incendie de 2019, fut érigée selon les dessins de Viollet-le-Duc et ornées de statues représentant les apôtres et Eugène Viollet le Duc lui-même. Ces statues, déposées peu de temps avant l’incendie pour restaurer la flèche, ont été épargnées.

- La sacristie de Soufflot, verrue accolée au flanc sud du chœur, fut remplacée par un bâtiment conçu dans un style néogothique pour être en harmonie avec la cathédrale et ne pas nuire à l’esthétique de l’ensemble : on la remarque peu. Le projet initial de Viollet-le-Duc et de Lassus était d’enterrer la sacristie afin qu’elle n’altère pas la perspective de Notre Dame, mais les contraintes logistiques auraient été difficilement surmontables à l’époque.  

Vous trouverez à l’onglet Détails quelques images de la maquette de la cathédrale réalisée avant les travaux de restauration par Viollet le Duc. Elle est exposée à la Cité de l’Architecture à Paris.


La cathédrale fut victime d’un très grave incendie en avril 2019 qui détruisit la totalité de la charpente et provoqua l’effondrement de trois voûtes. Quelques photos d’actualité montrant les dégâts figurent dans le chapitre consacré au couvrement par une charpente.


      

(Photo site Doctissimo)                                                                                                                                (Photo Le Parisien)


Les travaux de réparation sont colossaux, ils ne se résument pas à refaire une charpente. Il faut d’abord sécuriser l’équilibre de tout l’édifice car la charpente n’est pas qu’un toit, elle participe aussi à l’équilibre de l’ensemble de la structure. La chaleur intense a fragilisé les pierres. Une difficulté supplémentaire vient de la présence de l’échafaudage métallique mis en place pour la restauration de la flèche. Déformé, tordu et partiellement fondu par les flammes, son démontage est périlleux car les cinq-cents tonnes de métal doivent être sciées et dégagées sans forcer sur l’équilibre des murs ni menacer les voûtes très fragilisées.

Les techniques mises en œuvre sont impressionnantes et nous invitent à rendre hommage à nos ancêtres qui eurent, ô combien de fois, à réparer leurs édifices mutilés par le feu, avec des moyens qui nous apparaîtraient aujourd’hui rudimentaires, voire dérisoires.


Le reportage qui suit est abondamment illustré, sans doute trop (203 photos), car j’ai voulu restituer des détails, des perspectives, des sensations, des émotions dont nous allons être privés durant de longues années. Les prises de vues ont été délicates car la cathédrale est naturellement très sombre et le volume occupé par les fidèles est illuminé par une multitude de somptueux lustres auxquels s’ajoutent en hauteur de très  nombreux spots éblouissants. Un tel contraste est difficile à atténuer.



Vue générale   (Wikipedia Creative Common)


                    


               









    

    

    





























    



    


















































































Contrefort à double volée près du croisillon (vestige du XIIème ou reconstruction du XIIIème siècle selon Viollet le Duc ?)




    















                   




























    





































                  




    



Croisillon nord



















Croisillon sud







Rose sud



Rose nord


                       






















Le plan du double déambulatoire de Notre Dame de Paris est très original par rapport aux plans usuellement adoptés pour les édifices à double déambulatoire.

À Chartres, par exemple, il y a autant de piliers dans chacun des demi-cercles qui délimitent les déambulatoires. Ainsi les travées des déambulatoires sont des trapèzes curvilignes tous différents qui cohabitent dans un grand désordre n’offrant aucune perspective attrayante lorsqu’on s’y promène.


    

A Notre Dame de Paris, l’ajout de piles supplémentaires dans les cercles extérieurs au pourtour du chœur délimitent des surfaces triangulaires toutes identiques  couvertes par des voûtains triangulaires qui offrent une perspective donnant cette impression de volume, de légèreté et d’espace extraordinaire. Cette disposition a été reprise dans la crypte de la cathédrale de Bourges avec le même effet d’espace.














































                      

Clôture nord du chœur (XIIIème siècle)









Clôture nord du chœur en mapping-vidéo (Noël 2008)











Portail nord















Piles de la nef















Piles du chœur







                       


La maquette de Notre Dame de Paris, exposée à La Citée de l’Architecture à Paris, a été réalisée en 1843 avant les travaux de restauration de Lassus et Viollet le Duc. Réalisée en plâtre, elle est en grande partie démontable (toitures, voûtes, murs...) et reproduit les décors intérieurs (peintures, mobiliers...). Elle présente un état archéologique très bien documenté de la cathédrale avant les restaurations du XIXème siècle.


Daguerréotype de 1840                                                                             Maquette de 1843

                        

Absence de la flèche, du trumeau du portail central et de la statue de la Vierge devant la rosace,

éléments créés par Viollet-le-Duc













Sacristie de style renaissance de Soufflot détruite par Viollet-le-Duc

Élévation XIIIème siècle aujourd’hui remplacée par les élévations XIIème avec rosaces par Viollet-le-Duc


Dimensions

Longueur totale : 127 mètres

Largeur totale : 48 mètres

Hauteur des tours : 69 mètres

Hauteur de la flèche : 96 mètres

Longueur de la nef : 60 mètres

Largeur de la nef : 13 mètres

Hauteur sous voûte de la nef et du chœur : 33 mètres

Largeur de chacun des collatéraux : 5,9 mètres

Hauteur sous voûte des collatéraux extérieurs : 10,1 mètres

Hauteur sous voûte des collatéraux intérieurs : 10,5 mètres

Longueur du transept: 48 mètres

Largeur du transept : 14 mètres