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DÉFINITION
Aux
premiers
temps de la période romane ou préromane,
l’époque du « le
blanc
manteau » de l’an mille évoqué par Raoul Glaber,
les bâtiments
construits
sur plan basilical, étaient
couverts
d’une
charpente en bois soit apparente soit cachée par un
plafond en bois assurant une meilleure isolation
thermique et une esthétique plus soignée.
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Rhuis
(60)
Eschau (67)
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Cette
technique
permet de couvrir des largeurs déjà importantes sans
exercer de poussées latérales sur les murs. La charpente
est stabilisée sur les murs grâce à son poids, donc nul
besoin de renforcer les murs par leur épaisseur, ni par
des colonnes engagées à l’intérieur pour soutenir des
arcs doubleaux, ni de contreforts à l’extérieur pour
résister à des poussées latérales. L’ensemble
charpente-murs est suffisamment solidaire pour résister
aux forces exercées par le vent ou les oscillations du
sol. La sobriété et la simplicité sont maximales.

ÉDIFICES
A NEF UNIQUE
Dans
les
églises à nef unique, structure largement répandue pour
les petites églises rurales, les problèmes de
l’équilibre et de la traversée de l’espace sont
analogues à ceux rencontrés
pour une grange
ou
un
hangar.
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Lys
(71)
Cravant (37)

Saint
Romain sous Gourdon (71)
Saint Martin la Vallée (71)

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ÉDIFICES
A TROIS NEFS
En
préambule
commençons
notre
voyage
à travers le temps et l’espace par deux
édifices très
ancien
dont la construction remonte au 9ème siècle (~815-847),
l’église abbatiale Saint Philibert à Déas,
lieu-dit médiéval devenu St Philibert de Grand-Lieu
en Loire Atlantique et l’église
abbatiale
de
Saint Généroux
dans les Deux Sèvres. Elles sont parmi les plus
anciennes églises de France.
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Saint
Philibert de Grand Lieu (44)
Saint Généroux
(79)
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Nous
allons
maintenant entrer dans
la période romane primitive, au sens classique du terme,
où la technique du couvrement en pierre n’était pas
encore généralisée.
Les
voûtes
en
berceau
et en arête
étaient
connues
et
pratiquées,
rarement il est vrai, dès l’antiquité mais très peu utilisées
sans
doute
faute de compétences suffisamment répandues pour les
généraliser.
La
technique
de la charpente en bois a l’avantage d’être plus simple
et moins coûteuse à concevoir et à réaliser. Cette
technique a donc été
perpétrée
longtemps
après
que des architectes aient adopté
les techniques de couvrement en pierre plus
modernes.
Des
églises
ont
été
édifiées
avec
un couvrement en bois alors qu’au même moment d’autres
étaient couvertes de voûtes de pierre.
Les
fiches
techniques traversée de l'espace avec
le bois et traversée de l'espace avec
la pierre expliquent les grands
principes du couvrement en bois et en pierre
compte tenu des forces et des faiblesses de chacun de
ces matériaux et la fabuleuse invention de l’arc en
pierre pour traverser l’espace, invention aussi
essentielle pour l’Homme que celle de la roue. Ces
fiches sont accessibles
par les onglets situés en haut à gauche.
Les
illustrations
suivantes
vous
permettent
d’explorer quelques édifices représentatifs de cette
technologie.
Vous
noterez
l’absence
de
contreforts
à
l’extérieur et de colonnes engagées à l’intérieur. Ainsi
les murs
gouttereaux
sont
lisses
tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.
Ce
sont
des indices qui prouvent que ces édifices étaient, dès
leur origine, conçus pour un couvrement en bois.
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Bourbon
Lancy
(71)
Rhuis (60)

Château
Landon
(77)
Vertus (51)

Eschau
(67)
Avolsheim – Le Dompeter
(67)
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L’église
Saint Léger d’Ebreuil apporte un progrès dans la
construction : les collatéraux furent dès l’édification
couvert en pierre. Seul le collatéral nord subsiste,
celui du sud ayant été complètement reconstruit au 18ème
siècle.
Le
collatéral
nord est couvert de voûtes d’arête séparées par des arcs
doubleaux.
Pour
s’opposer
à la poussée des voûtes
d’arête et des arcs doubleaux
du
collatéral, le mur extérieur du collatéral nord est
renforcé par des contreforts alors
que le mur gouttereau de la nef ne comporte pas de
contreforts. .
Nous
sommes
au début de l’introduction de la voûte d’arête pour
couvrir des espaces de faible portée.
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Ebreuil
(03)
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Rares
sont
les édifices qui conservé leur structure d’origine. La
plupart des églises et cathédrales ont subi des
modifications, des adjonctions ou des transformations
plus ou moins profondes.
Il
fallait
soit accroître leurs capacités d’accueil, soit les
embellir et les mette au goût du jour ou simplement les
renforcer en appliquant des techniques plus robustes
mises au point postérieurement à leur construction.
A
l’église
Saint
Jean
de
Châlons
en
Champagne,
les
deux
collatéraux
nord
et
sud
ont
été
reconstruits
et
voûtés
au
17ème
siècle.
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Châlons-en-Champagne
: Saint Jean (51)
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La
nef
de l’église Saint Michel de Juziers fut voûtée
d’ogive à la fin du 18ème siècle. Les clés de décodage
que nous avons évoquées, nous permettent de lire
facilement que la nef était originellement couverte d’un
plafond de bois. Pour
preuve
l’absence de contreforts dans les murs gouttereaux de
la nef et des
collatéraux,
piles
intérieures
massives
à
section
carrée
et absence de colonnes engagées.
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Juziers
(78)
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La
nef
de l’église Saint Anne de Gassicourt
à Mantes la Jolie (78) fut voûtée d’ogives au 16ème
siècle mais sa forme originelle en charpente de bois fut
restaurée en 1960.
Les
piles
massives à section carrées font place ici aux piles
cylindriques qui seront largement employées en Ile de
France avec le déploiement de l'esthétique "gothique"
mais
elles ne sont pas surmontée de colonnes engagées comme
dans les édifices de facture gothique.
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Sainte
Anne de Gassicourt
(78)
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La
petite
église Saint Aubin de Trèves initialement prévue
pour être couverte d’une charpente au 11ème
siècle fut modifiée pour recevoir des
voûtes
en
pierre.
Le
renforcement
des
murs
par des
arcades
qui
font office d'arcs de décharge et des colonnes engagées
ainsi que la mise en place des contreforts extérieurs sont
postérieurs.
Les
travaux ne furent jamais poursuivis, elle conserva un
couvrement en bois.
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Trèves
(49)

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Forces
et faiblesses du couvrement en bois
La
technique
du
couvrement
en
bois,
charpente
apparente ou plafond de bois, a
pour avantages la facilité de construction parce que
l’équilibre de l’édifice se résume à un empilement de
charges verticales sur des supports dont la verticalité
est facilement vérifiable avec un fil à plomb. La
stabilité est assurée par les poutres transversales de
la charpente (les entraits) qui rendent les murs
solidaires entre eux et les empêchent de s’écrouler sous
l’effet d’un trop grande charge latérale (par exemple le
vent).
Mais
la
couverture en bois qui est facile à réaliser, a un
inconvénient majeur : la vulnérabilité aux incendies.
La
charpente
pouvait s’embraser suite à un incendie au sol dont la
chaleur intense pouvait élever des braises
incandescentes et enflammer les poutres. Le désastre
pouvait aussi se produire par les conséquences de la
foudre frappant les toits des églises qui étaient
vulnérables parce qu’ils étaient alors les points les
plus élevés, bien au dessus des cimes des arbres
environnants, attirant ainsi l’électricité dévastatrice.
Une
fois
la charpente consumée, les ruines de l’édifice n’étaient
plus que quatre murs fragilisés par l’absence
d’étaiement entre eux, un espace sans couverture livré
aux caprices du temps et donc totalement inutilisable.
Il fallait tout reconstruire.
L’incendie
aux
lourdes conséquences de la charpente de Notre Dame de
Paris en 2019 est la preuve de la vulnérabilité de ce
type de structure. Elle est partie en cendres en
totalité malgré les moyens modernes et sophistiqués de
prévention, de surveillance, de détection et
d’intervention. Alors imaginez ce que ce devait être à
l’époque médiévale où la lumière et le chauffage
n’étaient produits que par des flammes !
Voici
quelques
images
d’actualité
provenant
d’internet.
Elles
montrent les dégâts subis par cet édifice gothique
protégé par un couvrement robuste en pierre dont
seulement 3 voûtes sur 12 se sont effondrées.
Alors
imaginez ce que ce devait être pour un édifice qui
n’avait pour couvrement que la charpente en bois !
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Renforcement
par des arcs diaphragme
Le
renforcement
de
la
couverture
en charpente
par des arcs diaphragme a été parfois utilisé. Il en
reste malheureusement très peu de vestiges.
Dans
cette
technique la ferme en bois qui soutient les pannes et
les voliges de la charpente est remplacée, de place en
place, par une ferme en maçonnerie triangulaire soutenue
par un arc en pierre. En voici deux
illustrations.
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Saint
Vincent sur Jard (85)
Saint
Michel de Cuxa
(66)
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Une
nef
charpentée est constituée de deux murs élevés qui ne
sont stabilisés que lorsque la charpente en bois, qui
relie les deux murs, est en place. Le fait de relier,
lors de la construction, les deux murs de place en place
par des arcs diaphragme en pierre consolide la structure
en attente de recevoir la charpente.
Certains
experts
ont émis l’hypothèse que ces arcs diaphragme pouvaient
stopper la propagation du feu dans la charpente en cas
d’incendie. C’est vraisemblablement faux parce que l’arc
diaphragme n’interrompt pas la charpente mais ne fait
que la soutenir.
Par
contre,
si par malheur la charpente disparaissait dans un
incendie, la structure en maçonnerie restait stable
puisque les murs restaient reliés par les arcs
diaphragme et donc demeuraient solidaires. Cela était
particulièrement crucial pour les édifices de grande
hauteur.
Il
reste
peu d’arcs diaphragme encore visibles dans les nefs.
Mais certains édifices montrent des vestiges de colonnes
engagées et de contreforts qui pouvaient très
vraisemblablement supporter initialement des arcs
diaphragmes. L’abbatiale de Jumièges est un bel exemple.
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Jumièges
(76)
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L’abbatiale
de
Jumièges située en Seine-Maritime a été vendue après la
Révolution à des marchands de pierre qui l’ont
sérieusement déconstruite
(pour utiliser un vocabulaire moderne).
La
photo
de
gauche montre le mur sud. Le bas côté et les tribunes
ont été démolis, il ne reste que les grandes arcades et
les baies des tribunes. Au dessus, des contreforts
renforcent le mur gouttereau toutes les deux travées.
La
photo
de droite montre l’élévation nord à
l’intérieur
de
la nef.
Deux colonnes
engagées,
correspondant aux contreforts extérieurs, montent
jusqu’à la base des fenêtres hautes. Dans leur
prolongement la trace de ce qui pourrait être un arc
diaphragme creuse le mur.
L’hypothèse
actuellement
admise est que cet édifice pouvait être couvert d’une
charpente renforcée toutes les deux travées par un arc
diaphragme.
Dans
l’église
priorale de Graville Sainte Honorine située à proximité
du Havre, des indices montrent qu’à l’origine cette
église pouvait avoir une charpente renforcée par des
arcs diaphragmes.
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Graville
Sainte Honorine (76)
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Après
avoir
vécue une histoire mouvementée et avoir connue de
nombreuses évolutions, l’église de Graville Sainte
Honorine a subi un bombardement durant la seconde guerre
mondiale.
Elle
a
été restaurée avec la volonté de la rendre le plus
proche possible de ses origines.
A
l’extérieur le mur gouttereau de
la nef est renforcé
par
des contreforts plus ou moins épais en alternance. Le
contrefort épais correspond, à l’intérieur, à la colonne
engagée située toutes les deux travées. Cette colonne
engagée monte jusqu’à l’actuelle charpente. On peut
supposer qu’à l’origine elle était moins haute et
soutenait un arc diaphragme.
Ce
n’est
bien sûr qu’une hypothèse non vérifiable qui se base sur
le principe que l’architecte qui a conçu cet édifice
était compétent,
rationnel et économe.
Si
l’édifice
devait être dès l’origine couvert d’une charpente ou
d’un plafond en bois, à quoi bon renforcer
les murs pas des contreforts et ériger des colonnes
engagées sans
aucune utilité et dont la terminaison inachevée
accentuerait leur
inutilité.
Si
l’édifice
devait être dès l’origine voûté en berceau la colonne
engagée aurait dû être bien plus conséquente et coiffée
d’un chapiteau pour recevoir la naissance de l’arc
doubleau, dont il resterait quelques traces.
Enfin,
le
mur
du
collatéral
sud
montre
les
empreintes
de
contreforts
qui
ont
été
arrachés.
Peut-être
était il voûté en pierre à l’origine.
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Couvrement
en bois postérieur à la construction
Certains
édifices
sont aujourd’hui couverts d’une charpente apparente ou
d’un plafond en bois alors qu’ils avaient été conçus
pour recevoir un couvrement en pierre. Soit les voûtes
de pierre se sont effondrées et n’ont pas été
reconstruites faute de compétences ou de ressources
financières, soit les voûtes de pierres initialement
prévues n’ont pas été construites faute d’argent.
Ces
édifices
dont le couvrement en bois est postérieur à
la
construction
d’origine
se
repèrent
grâce
à
la
présence
de contreforts
et
de colonnes engagées
devenus inutiles. En voici deux exemples.
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Melle
: Saint Savinien (79)
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Le
mur
extérieur de l’église Saint Savinien de Melle est
renforcé par des contreforts.
Sur
les
parois intérieures on distingue à gauche sur le mur nord
des restes de colonnes dont
le
haut a été arraché et la partie restante taillée en
forme
de prisme.
A
droite le mur sud porte les trace d’une colonne engagée
qui a été rasée au ras du nu du mur.
Ces
colonnes
engagées et ces contreforts avaient ils
la
fonction de
soutenir
un arc diaphragme
ou peut-être un doubleau pour soutenir une voûte
en
berceau
?
Ce
couvrement
n’a-t-il
jamais
été
construit faute de finances ou
de changement d’orientation du projet, s’est
il
effondré,
a-t-il
été
détruit
?
Nous ne le saurons jamais.
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Ennery
(95)
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La
nef
de
l’église
d’Ennery
située
dans
le Val d’Oise, est couverte d’une
toiture
à
grands pans
qui
descend jusqu’aux toits des bas-côtés. De
l’extérieur on ne voit pas le mur gouttereau qui est
caché par la toiture.
Sur
la
photo de gauche, prise à l’intérieur de la nef on voit
nettement les restes de la naissance des ogives au fond
et des arcs doubleaux juste au dessus des trois
colonnettes engagées.
La
photo
de
droite, prise dans les combles, montre l’existence
de contreforts
à
l’extérieur
du
mur
gouttereau
caché par la toiture.
Les
fenêtres
jumelles aveugles, qui ressemblent à des baies de
tribunes, devaient être des fenêtres hautes compte tenu
de la position de la naissance des ogives.
Soit
les
voûtes ont été construites puis elles se sont effondrées.
Soit
elles
ont
été amorcées mais jamais achevées. Le
plafond
en
bois est donc postérieur à l’édification initiale de la
nef.
Peut-être
était-ce
un projet grandiose au départ avec une élévation à trois
niveaux avec tribunes, puis revu à la baisse au fur et à
mesure de la construction durant des années, situation
constante dans l’histoire de la construction d’édifices
trop ambitieux.
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