Poitiers - Notre Dame La Grande (86)

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Comme le mentionnent avec humour les annales du Congrès Archéologique de 1951, Notre-Dame la Grande est «une église sans papiers» par manque d’archives, à l’instar de nombreux édifices du Moyen Âge.

Édifiée à l’emplacement d’un antique forum romain du 1er siècle ap. JC, l’église, telle qu’elle nous apparait aujourd’hui, n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’elle était au Moyen Âge. Comme la plupart des édifices religieux, Notre-Dame la Grande a subi au cours des siècles de nombreuses modifications et ajouts pour l’adapter aux obligations cultuelles et aux exigences du pouvoir local. Ces transformations ont été réalisées pour répondre à des besoins fonctionnels et satisfaire les modes architecturales du moment sans le souci de préserver un équilibre esthétique global.

Depuis le XVIIème siècle l’église fut enclavée dans un îlot de bâtisses et d’échoppes accolées aux murs d’où n’émergeait que la partie supérieure de la façade occidentale et l’élévation sud. Tout ceci ne fut détruit qu’en 1850, mettant ainsi au jour le porche roman au sud de la cinquième travée, pour la livrer telle que nous la voyons avec la perspective d’aujourd’hui.

L’édifice initial composé d’un chœur et d’une nef de 9 travées date de la deuxième moitié du XIème et du début du XIIème siècles. C’est une église halle composée d’une nef centrale voûtée en berceau et de collatéraux voûtés en arêtes, l’un et l’autre renforcés par des arcs doubleaux. Un seul toit couvre l’ensemble. Elle n’a pas de transept mais une dernière travée coiffée d’une coupole sur trompe et dotée de quatre piles plus fortes pour supporter le clocher.

Le chœur, entouré d’un déambulatoire couvert d’un berceau annulaire, est l’un des plus vastes datant du XIIème siècle. On a du mal aujourd’hui à imaginer le chevet d’origine qui comportait trois absidioles en hémicycle. La chapelle d’axe a été lourdement restaurée au XIXème siècle et celle du sud a été supprimée au XVème siècle.


La façade, achevée au XIIème siècle, est un immense bas-relief selon l’expression de Prosper Mérimée. Cet immense décor sculpté est à l’origine de la réputation de ce monument. La présence d’une tourelle d’escalier à hauteur de la troisième travée de la nef pourrait indiquer qu’une première façade avait été construite à cet endroit partageant la construction de la nef en deux campagnes distinctes. Cette hypothèse n’a jamais été confirmée.

Au XIIIème siècle un cloître fut bâti au nord.

Aux XVème et XVIème siècles des chapelles latérales de style gothique furent érigées au sud puis au nord en l’honneur et à la mémoire de notables influents. Le proche latéral sud, dans le prolongement de la deuxième travée, fut érigé au milieu du XVème siècle.

A la moitié du XVIème siècle l’église fut mise à sac lors des guerres de religions, de nombreux personnages furent décapités et la statue de Constantin qui surmontait le porche roman fut mise à bas.

Au XVIIème siècle et jusqu’à la Révolution l’église fut remise en état et le mobilier entièrement restauré ou refait. En 1796 le cloître fut vendu comme bien national et fut détruit en 1860 pour laisser place au marché actuel ! Les vestiges de quelques arcades ont été remontées dans la cour de la faculté de droit où on peut toujours les voir. L’urbanisme d’alors avait parfois priorité sur le respect et la mise en valeur du patrimoine architectural malgré l’immense mouvement de sauvegarde engagé par Napoléon III à cette époque.

Classé à l’inventaire des Monuments Historiques en 1840, l’édifice fut l’objet d’importants travaux de restauration au XIXème siècle. De 1845 à 1850 la charpente, la toiture et le mur sud furent repris, le frontispice de la façade fut repris en sous-œuvre et certains éléments furent remplacés. La verrière de la façade fut refaite en 1851.


Au XXème siècle la dégradation des pierres de la façade s’accélère sous l’action de cristaux de sel qui transforment le calcaire en gypse, appelé usuellement pierre à plâtre, qui perd l’essentiel des propriétés mécaniques de la pierre d’origine. La cause est en partie la pollution atmosphérique et probablement aussi la présence d’échoppes et d’entrepôts de sel durant plusieurs siècles au pied des murs. Le blocage constituant les murs a été repris sur 7 mètres de hauteur avec dessalement des pierres, nettoyage de la façade et remplacement de quelques sculptures devenues informes. Le clocher fut restauré de 1910 à 1914.

Nous associons presque naturellement le caractère de vestige du passé d’une construction, quelle qu’elle soit, avec l’aspect des pierres apparentes nues. Au Moyen Âge les églises étaient peintes, la communauté des historiens en est de plus en plus convaincue. Sous une impression d’homogénéité apparente, Notre-Dame la Grande nous offre simultanément trois aspects. Le décor peint de la nef  en tons neutres et mornes date de 1851. Les colonnes du chœur ont été décapées conformément au goût de l’époque, en 1931, mais il a été arrêté à cause du très mauvais état de la pierre. Par contre les peintures de la voûte du chœur qui datent du XIIIème siècle, ont été décapées de l’enduit qui les recouvrait depuis des siècles et restaurées en 1852 avec beaucoup de discrétion.

 


Plan (source Philippe Gavet)




L’église en 1699 (gravure collection Gaignières)




Scène de la vie quotidienne au pied de l’église Notre Dame la grande vers 1830 par Thomas Allom




Vue générale (source www.wikimedia.org)


                    














































    

























                   






















    













                  

Il s’agit d’un faux transept non saillant. La dernière travée de la nef, soutenue par des piles plus fortes pour supporter le clocher, est coiffée d’une coupole sur trompe.






    











                        






















































                      

Chapelle axiale

































                       

Vestiges du cloître



Dimensions

Longueur totale : 57 m.

Largeur totale: 13,20 m.

Longueur des 3 nefs : 39 m.

Largeur nef centrale : 6,20 m.

Largeur des bas-côtés : 2,97 m.

Hauteur nef centrale : 16,50 m.

Hauteur bas-côtés : 11 m.

Largeur du chœur : 6 m.

Longueur du chœur : 9,50 m.

Hauteur du chœur : 13 m.

Largeur du déambulatoire : 3,22 m.

Hauteur de la façade : 17,66 m.

Largeur de la façade : 15,40 m.